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Au sujet de la polémique
concernant la libération éventuelle de Papon


Il ne m'appartient pas de me prononcer pour ou contre la libération de Papon, tant il est évident à mes yeux que je ne puis en aucun cas être juge et partie.

Au cours du procès, les parties civiles et les témoins ont énoncé des faits, et les jurés se sont prononcés sur une peine.

Dont acte.

Cela étant, ce qui me choque profondément, et ce qui choque profondément une grande partie de l'opinion mondiale … Papon, s'est montré froid comme une épée, égocentrique, arrogant et dédaigneux … ce qui me choque plus encore, est de constater que ce monsieur complètement insensible à la douleur des témoins et inaccessible au remord, fasse appel à la Cours Européenne des Droits de l'Homme lui, qui est en prison pour avoir bafoué les droits les plus élémentaires de l'homme, de la femme, du vieillard et de l'enfant.

Le moins qu'on en puisse dire, est qu'il s'agit du même manque de pudeur et de dignité qui avait en son temps motivé sa fuite honteuse vers la Suisse.

Le sentiment qui m'anime aujourd'hui à l'égard de cet individu ignorant le regret, incapable de contrition et refusant d'assumer ses actes est le mépris le plus complet …

Malheureusement, l'heure ne semble plus être à la justice des instances, mais aux lynchages médiatico - politico - manichéens du BLANC et du NOIR … du POUR ou du CONTRE … du JUSTE ou de l' INJUSTE, du GENTIL ou du MÉCHANT … c'est selon les idées, les humeurs, les influences ou les intérêts qui peuvent gouverner les esprits et aussi, (pourquoi pas) le sens du vent.

Cette transposition d'un problème d'ordre juridique en polémique, ajoute une épreuve douloureuse, injuste et inutile à ces êtres humains dont je suis, qui après 55 ans de souffrance pensaient pouvoir enfin, faire tranquillement le deuil de leurs parents martyrisés.

" En vertu de l'article 17 de la Constitution, Papon a fait appel, à la clémence du Président de la République, Monsieur Jacques Chirac, et je ne le conteste pas.
" Le Président Jacques Chirac n'a pas répondu favorablement à la requête de Papon … il avait sûrement ses raisons et je ne pavoise pas pour autant.
" Papon a fait appel, à la Cours Européenne des Droits de l'Homme, c'est son droit et je ne le conteste toujours pas.
" C'est donc maintenant à la Cours Européenne des Droits de l'Homme de se prononcer le moment venu . . .

Cela ne m'empêchera jamais de penser que Papon est un avatar du déshonneur, un lâche et un pleutre, un pauvre type déshabillé de son pouvoir et pleurnichant sur son sort qu'il qualifie de " dégradant ".
Le réel qualificatif est : " mérité ".
Mérité pour avoir infligé un sort bien pire à 1690 êtres humains : hommes, femmes, enfants et vieillards dont certains étaient vraiment grabataires et qui furent jetés à bas de leurs lits pour être déportés vers les camps de la mort.

Il ne faut pas confondre : " réclamer justice " et " revanchisme " , il ne faut pas attribuer aux " victimes " des arrières pensées qu'elles n'ont pas, mais qui sont l'apanage de ces polémistes, spécialistes du transfert de culpabilité.

" Les victimes, ce sont nos parents.
" Les victimes, c'est nous.
" La victime, ce n'est pas Papon.

Et si Papon, fait aujourd'hui figure de victime, c'est grâce aux polémistes de tous poils qui favorisent le " transfert de culpabilité ", applaudis joyeusement par Papon et ses avocats qui n'en espéraient pas tant.

Trouverons-nous une solution à cet état de fait, tant il est évident que
- quelle que soit la décision des uns ou des autres,
- quel qu'ait été le verdict de la Cours d'Assise de Bordeaux.
- quel qu'ait été le verdict de la Cours de Cassation
- quelle que puisse être le verdict final de la Cours Européenne de justice,
les décisions passées et à venir, ont été et seront bien évidemment contestée, dans un sens par les uns, dans le sens opposé par les autres..

Suivons donc Maître Badinter qui propose de libérer Papon au prétexte que " la victoire de l'État de droit et de la justice, doive s'accompagner d'une autre victoire, celle de l'humanité sur ses bourreaux "
Suivons donc Alain Finkelkraut qui affirme dans un jugement de valeur sans appel, que les partisans du maintient de la sentence " … ne sont pas meilleurs … " (SIC)
Suivons donc tous ceux qui sont pour la mise en liberté de Papon quelles que soient leurs raisons avouées ou non avouables.

Mais aussi, nous nous devons de suivre Maître Arno Klarsfeld qui se prononce pour l'accomplissement de la peine de réclusion au nom de l'application de la loi et de la justice.
Mais nous nous devons aussi de suivre Michel Slitinsky et tous ceux qui sont les partisans du maintien en détention de Papon, au nom de la mémoire de nos parents martyrs.

Mais comment suivre en même temps deux directions diamétralement opposées … ?
Il existe une solution pourtant, il s'agit d'un " jugement de Salomon ", par adaptation de la loi du 19 décembre 1997, à savoir le " placement sous surveillance électronique ", je cite :

La loi du 19 décembre 1997 a consacré le " placement sous surveillance électronique " comme modalité d'exécution des peines privatives de liberté. Conçu comme une modalité permettant de faciliter l'aménagement de peines, le placement sous surveillance électronique contribuera au développement des alternatives à l'incarcération …
La loi de 1997 désignait les personnes pouvant être placées sous surveillance électronique. Il s'agissait notamment :
- des condamnés à une ou plusieurs peines privatives de liberté dont la durée totale n'excède pas un an,
- des condamnés auxquels il reste à subir une ou plusieurs peines privatives de liberté dont la durée totale n'excède pas un an des condamnés remplissant les conditions de la libération conditionnelle …

A prisonnier exceptionnel, mesure exceptionnelle : il suffirait donc, de manière urgente, exceptionnelle et expérimentale, d'aménager cette loi pour la circonstance afin de laisser Papon prisonnier en son domicile, muni du bracelet électronique, qui porté à la cheville ou au poignet du condamné, émet un signal vers un récepteur situé au lieu d'assignation (exemple : domicile) et relié à une ligne téléphonique. En cas d'absence de signal, une alarme se déclenche au centre de surveillance situé dans un établissement pénitentiaire.

Ainsi Papon serait-il libre, comme le désirent les partisans " … de la victoire, de l'humanité sur ses bourreaux ... " …
Mais il serait toujours prisonnier comme le souhaitent les défenseurs de l'application stricte du jugement.

Papon ne pourrait donc plus se plaindre des conditions "dégradante" (SIC) de sa rétention, il pourrait ainsi se faire dorloter par sa famille qui le lui doit "biens" et laisser la Cours Européenne des Droits de l'Homme s'occuper de cas réellement dignes de sa sollicitude.

Georges Gheldman